CIMAROSA !

L’Italiana in Londra, un divertissement jubilatoire.

Imbroglios, rebondissements, … Cimarosa, que d’aucuns qualifient de « Mozart italien », modèle incontestable dont on reconnaît le style facétieux et jubilatoire dans Cosi fan tutte, nous plonge avec l’Italiana in Londra dans un univers à la fois amoureux et burlesque dans une société où monte l’influence de la bourgeoisie et où se développe le commerce international. Personnages typés, déguisements et situations savoureuses, airs et récitatifs pittoresques ou dramatiques conduisent à des ensembles impressionnants, longtemps avant Rossini – qui n’en a pas peu appris !

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Dans les premières années de sa carrière, dès 1772, l’activité de Cimarosa se partageait entre l’opéra comique napolitain et le Teatro della Valle à Rome. Dans ce dernier, on donnait principalement des œuvres courtes avec un petit nombre de personnages. Elles étaient divisées en «parties» plutôt qu’en actes, et qualifiées d’«intermèdes» , bien qu’étant des œuvres indépendantes. Parmi les plus grandes réussites figure L’Italiana in Londra (L‘Italienne à Londres) de Cimarosa, son premier grand succès longtemps avant son autre chef d’oeuvre beaucoup plus connu et programmé Il Matrimonio segreto.

Livia, originaire de Gênes et sous le faux nom de Errichetta, a vécu pendant un certain temps dans une auberge à Londres. Elle est, en fait, à la recherche de son véritable amour, Milord Arespingh, qui en Italie avait juré un amour éternel.  Mais sous la pression de son père, il a dû y renoncer pour cause de mésalliance

Livia se conduit honnêtement à Londres et bénéficie de la sympathie d’une hôtesse attentionnée, Madama Brillante. « Mademoiselle Errichetta » (c’est le nom sous lequel se cache Livia), qui est italienne et d’origine modeste, est également courtisée par Don Polidoro, un riche napolitain pas très futé et par Sumers, un puissant négociant hollandais. Ce dernier est suffisamment lucide pour ne pas se faire d’illusions et décide de veiller paternellement au destin de Livia. Par contre Don Polidoro se berce d’espoirs.

Madame Brillante se désespère de l’indifférence à son égard de tous ces beaux partis et imagine un stratagème pour piéger Don Polidoro. Elle fait briller une pierre précieuse appelée Elitropia qui rend invisible et, à Don Polidoro qui se plaint de ne jamais voir Livia, elle dit que cette dernière, grâce à l’Elitropia est toujours présente à ses côtés de façon discrète. Don Polidoro est sur un nuage.

C’est alors qu’Arespingh arrive à l’improviste à l’auberge. La rencontre entre Livia et Milord suscite des tensions et des malentendus, d’autant plus que Livia a pris une fausse identité pour ne pas être reconnue. Quand les gardes envoyés par son vénérable père viennent pour arrêter l’italienne, l’histoire semble virer au pire. Il semble que le mandat d’arrêt a été ordonné par son père comme un moyen ultime de récupérer sa fille en fuite. Mais la réconciliation entre les deux amants dénoue l’imbroglio, et la comédie se termine par deux promesses de mariages : celle de Livia avec Arespingh et celle de Madame Brillante avec Don Polidoro .

Le livret avait tout pour plaire: il oppose clairement l’aristocrate arrogant et oisif (Milord) au bourgeois laborieux (Sumers) dont la puissance économique ne cesse de croître. De même l’amour partagé surmonte les difficultés, les conventions et toutes sortes de barrières sociales. Certaines références au milieu du commerce, avec des personnages qui lisent les journaux et les navires qui vont et viennent depuis les Indes, tout cela situe la comédie dans un contexte concret d’un effet savoureux, tandis que les allusions à la situation sociale et au caractère national des personnages (le bourgeois hollandais fier de sa richesse, l’hypocondriaque noble anglais, le Napolitain toujours en quête du plaisir) sont d’ efficaces ressorts du comique.

Dans cette perspective, Cimarosa sacrifie un peu de son propre lyrisme en faveur d’un dynamisme mordant observé chez son collègue Paisiello. La partition connaît ses plus beaux moments dans les deux amples finals d’actes : le traitement polyphonique déclenche dans les moments de plus grande confusion une vague de joie libératrice. Ce sont ces finals, amplifiés, intriqués et étendus qui firent le succès romain qui devait se répéter en Italie et à l’étranger, comme en témoignent les nombreuses reprises dans les années qui suivirent, dont l’une dirigée par Haydn à la cour du prince Esterhazy, au cours du carnaval 1784. Au cours de ces reprises, l’oeuvre fut plusieurs fois remaniée : par Cherubini (Paris 1790) et par la même Cimarosa (ajout d’un quatuor et de deux airs, Naples, 1794). L’oeuvre n’a été que rarement reprise à notre époque, en Italie (Savona 1986, enregistrement « live » sous la direction de Carlo Rizzi) et en Allemagne (Darmstadt, années 80. Sans doute est-ce ici la première production française moderne. En toute modestie…

2 réflexions sur “CIMAROSA !

  1. Ce fût un plaisir de découvrir Génération baroque à Spa en 2013 dans le cadre de l’Automne Musical de Spa avec la superbe représentation d’Orphée, le lien ci-dessous vous offres quelques images de cet Opéra scénique à la mise en scène d’une grande originalité.

    https://plus.google.com/photos/104487862375344117456/albums/5944674466066916209

    C’est avec un grand plaisir que nous les retrouverons en 2015 et ce pour le 30 ème Anniversaire de l’Automne Musical de Spa dans le splendide théâtre Jacques Huysman , le 14 novembre à 15h.
    Avec au programme CIMAROSA
    L’Italiana in Londra, un divertissement jubilatoire.

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