Une photo, une réflexion

Cette photo me plait beaucoup pour trois raisons.

D’abord pour le contraste émotionnel très puissant qu’elle semble vouloir communiquer : d’un côté, Pénélope, calmement, est en train de noter la scène qui a lieu hors-champ. De l’autre, je suis « perché » dans une sorte d’altérité créative, en empathie avec les chanteurs jouant la même mystérieuse scène hors-champ.

Son clair-obscur lui confère un aspect « classique », assez théâtral, préfigurant l’esthétique du spectacle et surtout, (troisième raison) car elle immortalise une évidence : la complicité de notre binôme, un des miracles de cette semaine d’ « atelier ». Pénélope Driant est – de loin – l’assistante la plus qualifiée, la plus cool, la plus dingue, la plus bosseuse, la plus géniale, que je connaisse.

Bref cette photo parle de théâtre, elle montre que le binôme metteur en scène – assistant mise en scène est essentiel, car il a le pouvoir d’insuffler (ou non) aux interprètes la confiance, le plaisir, la foi qui sont nécessaires pour allumer la Folie.

Benjamin Prins 11.05.2018


PailleterieDieses Bild gefällt mir ganz besonders gut, weil es die warme Stimmung zeigt, die während des ganzen Projekts geherrscht hat. Selbst nach einem langen Tag Arbeit -Frühstück 8.15 Uhr, einspielen, Proben ab 10 Uhr bis of tief in die Nacht – war die Stimmung bei allen Beteiligten immer noch sehr gut.
Dazu beigetragen haben nicht nur der wunderbare, friedliche Ort der Proben, auch das ausgezeichnete Essen war maßgebend. Selten hatte ich das Vergnügen, mit einer so talentierten Gruppe an Instrumentalisten, Sängern und Regisseuren zu arbeiten.
Wunderbar war der Wille, sich mit der Materie zu beschäftigen und es immer noch besser machen zu wollen. Dies war auch der hervorragenden Arbeit von Benjamin Prins geschuldet, der die Stimmung im Cast immer gut erspürte und in die richtige Richtung lenkte.
#generationbaroque#earlymusic#felixontour

Felix Thiedemann – Cellist / violoncelle


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Benjamin Rassembleur

Nous nous retrouvons sur la scène après le spectacle : le ténor Carlos (Sylvano), Felix, le violoncelliste, Elizaveta (Diane), moi, le directeur musical, Vera (Cupidon), Benjamin, metteur en scène tenant la main de Jacqueline, ex-prof octogénaire couseuse de costumes préhistoriques que tient aussi Pénélope l’assistante de Benjamin,  Nathalie notre chauffeur-accueil-régie devant Johannes (claveciniste), Belinda (Endymion réveillé), Janina cachée (la belle Aurilla), Karolina la violoniste…

Ce joyeux mélange reflète l’esprit de notre travail : mené d’une main très experte, il a été aussi intense que le concert a été très réussi, il a concerné beaucoup de personnes très diverses qui ont interagi avec autant de plaisir que de savoir-faire, sans sentiment de hiérarchie, sans autorité à priori – sauf celle que confère la compétence : elle s’impose toute seule.

L’endroit (La Pailleterie, à Amilly) est on ne peut plus inspirant et reposant au milieu des amis les animaux dont la rencontre à chaque détour de chemin, à chaque pause, nous rappelle que nous sommes tous à la même enseigne : ils nous regardent tous de la même manière, mélange d’indifférence et d’interrogation « qu’est-ce qu’ils font là ? ». Cela remet en place, détend, et vous remet devant votre tâche à accomplir.

La gaieté de Benjamin et son infatigable ardeur au travail, le bouillonnement de ses idées et sa gentillesse envers tous, petits et grands, chanteurs, techniciens et cuisiniers, insuffle à tout le monde ce qu’il faut d’enthousiasme pour avancer, vite, vite – mais l’air de rien ou presque, en riant, souvent –  pour boucler le travail – pas question de négliger pour autant la séance collective de yoga matinal. On répète beaucoup dans les coins et les intervalles : assimiler les dialogues, le style du récitatif, l’allemand, les airs, fabriquer les arcs, tester l’argile…).

La fin de la semaine arrive et le concert se déroule sans problème, réglé comme une horloge, l’ouvrage malicieux et joyeux de Keiser, Diana, est une fête de tous les instants – il suffit de regarder les visages sur la photo : on n’a fait que se faire plaisir, beaucoup de plaisir partagé avec le public…

(on espère le refaire encore et encore, après la suite déjà prévue en novembre, et après…)

Mais quelle belle résidence, quel cadeau ! Merci !

Martin Gester, le 13 mai


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Ha sido una gran experiencia, muchas gracias a Martin por su incisivo trabajo, por creer en nosotros y empujarnos para dar lo mejor. Muchas gracias Benjamin y Penelope por llevarnos al limite escenicamente y lograr que fueramos un poco mas allá. Ha sido un trabajo intenso, el equipo musical y extramusical ha sido genial. Nos veremos en Noviembre y veremos como termina esta historia.

Carlos Arturo Goméz Palacio (Sylvano)


Diane et la chasse, la nuit, à la lune, avec sa suite des nymphes des bois…

Cela vous suit, vous stimule, l’entraînement est désormais permanent, dans les bois comme dans les parkings.

M


 

J’aime beaucoup cette photo parce qu’elle correspond à un très beau moment dans la musique de Keiser et dans la mise en scène de Benjamin, où chacun chante les errances de l’amour, surpris de l’objet vers lequel le porte son désir. Plus rien n’est comme avant. Chacun est prêt à tirer, et pourtant, l’esprit est ailleurs. Endymion est peut-être celui qui comprend le moins ce qui se passe.Il ne manque que Cupidon, l’auteur de tout ce chaos, toujours là où on ne l’attend pas (autre photo)

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C’était un vrai bonheur que cette résidence de création, intense, joyeuse et concentrée à la fois. Un grand merci à Martin, à Benjamin, à Pénélope et à mes merveilleux collègues chanteurs et musiciens. Une belle équipe !

A bientôt pour la suite des aventures !

Belinda Kunz, mezzo soprano (Endymion)

Imbroglios 2017 : reportage

A l’occasion de la dernière session de Génération baroque « Imbroglios : Telemann & Pergolesi », Jean Luc Nachbauer, réalisateur à la tête de : « Les Films de l’Europe«  et ami du Parlement de Musique, a réalisé une courte vidéo-reportage.

A l’heure où sont ouverts les appels à candidatures pour la session 2018 (Keiser : Diana), voici de quoi donner envie.

Voyez ici.  Enjoy !

 

Retour sur Génération Baroque avec Jaroslaw Kitala

Jaroslaw Kitala a rejoint la production de Génération Baroque à l’automne, pour la deuxième période, quand tous les chanteurs avaient déjà intégré leurs rôles. Un challenge ! Un bonheur aussi : dans l’Italiana in Londra, ouvrage de théâtre comique autant que d’opéra, Jaroslaw  jouait le rôle du joyeux Napolitain, Don Polidoro, égaré entre les personnages « normaux ». Il devait prendre le relais d’ Alvaro Vallès, qui avait brillamment endossé le rôle à Amilly, un rôle central et déterminant pour l’atmosphère et l’énergie de la pièce : qu’on imagine la commedia dell’arte sans Arlechino ! Ici, c’est de cela qu’il s’agit, sous d’autres noms, sous une autre histoire.

Quand il n’est pas à la recherche de la « pierre Elitropia » qui lui permettra de devenir invisible pour jouer des tours à son percepteur, à son banquier et à ses rivaux en amour – pour finalement se retrouver la risée de tous – il nous raconte son expérience à Génération Baroque :
« Ma participation au projet de l’Italiana in Londra cette année s’est avérée une aventure merveilleuse, tant artistiquement que socialement, même si le personnage que je jouais sur scène n’avait pas l’air très bien intégré… 😉
C’était incroyable de rencontrer tous ces gens, motivés à l’idée de créer ensemble quelque chose de beau, avec le spiritus movens central de tout l’ensemble : un directeur musical charismatique et empli d’une énergie musicale inspirante.
Mais au-delà de ce plaisir, c’était aussi une belle expérience scénique et vocale, un challenge qui m’a apporté énormément de satisfaction sur le plan professionnel et qui m’a poussé, je crois, vers la prochaine étape de ma carrière de chanteur. »
Don Polidoro e Livia : Gente, aiuto, aiuto !
Don Polidoro e Livia : Gente, aiuto, aiuto !
Jaroslaw Kitala est actuellement membre de l’Opéra Studio de l’Opéra du Rhin. Martin Gester l’avait repéré dans Il Matrimonio Segreto du même Cimarosa donné en juin à l’Opéra du Rhin, une magnifique réalisation d’équipe, dans une très belle et spirituelle mise en scène, où Jaroslaw n’avait pas peu contribué à la vivacité et à la force dramatique. Mais dans l’Italiana in Londra, c’était pour lui un récital de tours comiques tels qu’on en apprend dans les meilleures ateliers de théâtre, et il faut croire qu’il a été à très bonne école dans sa Pologne natale. Sans oublier qu’en plus d’un tempérament dramatique et comique hors pair (l’une de ses partenaires disait de lui avec des étoiles dans les yeux : « il est fou » voulant dire « prêt à tout »), il est un magnifique baryton à la projection facile et à la diction claire et éloquente.
Nos remerciements vont à l’Opéra Studio (dir. Vincent Monteil) pour leur coopération par la mise à disposition de ce talentueux artiste.

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Jaroslaw Kitala (Don Polidoro) et Germán Alcantara (Milord Arespingh)

 

Milord Germán

Milord Arespingh, « un gentilhomme anglais », c’est lui, Germán Enrique Alcántara.

Dans l’Italiana in Londra, il représente la vieille noblesse avec son allure distinguée, la conscience de ses devoirs, ses sentiments passionnés et fidèles et… ses attitudes désuètes. Comme dans l’ancienne comédie napolitaine, il semble marcher sur des talons trop hauts là où ses partenaires roturiers ont les pieds bien par terre. Il est passionné, mais comme en un autre temps, comme dans les livres anciens. Il aime sincèrement sa Livia, mais a bien du mal à percer tous les écrans qui l’en séparent, et ils sont divers : obligation d’épouser une Milady, divergences de vision du monde avec l’homme d’affaire Sumers, avec la maîtresse de pension Madama Brillante et avec le joyeux Napolitain Don Polidoro, d’où malentendus en chaîne. C’est la difficulté du rôle : ni tragique, ni drôle, mais comique dans cet entre-deux.

Il a 28 ans, il est baryton. Il vit aujourd’hui à Paris mais il est né et a grandi à Misiones en Argentine, où il a fait ses premiers pas comme soliste, en passant d’abord par la musique populaire que lui a apprise son grand-père, un grand guitariste bohème à qui il doit sa passion pour la musique, puis par l’oratorio et l’opéra, auxquels il se dédie actuellement.

Team Génération Baroque : Germán, parlez-nous de votre rôle.
Germán : Dans L’Italiana j’incarne le rôle de Milord, un jeune noble anglais qui souffre d’un amour perdu qu’il tente de récupérer tout au long de l’histoire. C’est un personnage plein de peurs et de problèmes qui, malgré tout, donnerait tout par amour (à sa manière). Il est souvent vu comme « el malo de la película », (le méchant du film), mais chacune de ses apparitions permet de découvrir le côté tragique de l’amour, comme dans un monde parallèle, immatériel. Je me retrouve en lui dans cette « passion ». C’est un personnage qui m’a permis d’expérimenter le tragicomique, mais aussi de développer le pan dramatique de ma ligne lyrique et d’explorer le rôle de « l’amant » dans la Commedia dell’Arte. En cela, Martin [Gester] m’a aidé à travailler une interprétation ludique et comique de mon personnage dans sa dimension musicale, tout comme Carlos [Harmuch], qui, avec son oeil critique sur les questions d’ordre théâtral et artistique, m’a permis de développer de nouveaux points de référence, plus riches, plus intenses.

Team Génération Baroque : Après une première expérience en mai, qui avait l’air bien intense, comment revenez vous au travail cinq mois plus tard ?
Germán : Avec cette nouvelle étape, j’espère, à titre personnel, retrouver tous ces amis avec qui nous avions préparé cette oeuvre merveilleuse en mai dernier, et rencontrer les nouveaux partenaires. Cela va être passionnant de poursuivre le travail sur l’oeuvre. A titre professionnel, il s’agira d’un nouveau défi vocal et musical. Je crois que c’est fondamental : la musique sera encore plus enrichie par la « voix » de chacun. Le plus important dans une telle production, c’est non seulement de ramener chez soi de nouveaux outils et de beaux souvenirs, mais aussi d’écrire une nouvelle page dans l’histoire de cette musique qui a gardé le silence pendant si longtemps. Nous avons la chance de faire quelque chose ensemble, de faire revivre Cimarosa… En somme, de partager nos expériences pour redonner un nouveau visage à cette belle oeuvre !

Livia, la belle italienne

Qui mieux qu’une soprano italienne pour interpréter le rôle de Livia, L‘Italienne à Londres ?

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La nouvelle session de l’atelier Génération Baroque arrive, et ce sera Graziana Palazzo qui nous transportera avec son sens théâtral tout méditerranéen  dans les différentes intrigues de l’opéra de Cimarosa.

Dès l’audition, à Versailles, son apparition marqua les esprits : plus que tous, alors que, personne menue mais qui s’avère vite d’une présence impressionnante, elle interprétait la scène la plus tragique de l’oeuvre de Cimarosa, elle était déjà en scène, en situation, dans toute la détresse du personnage de Livia – seule, abandonnée, entourée d’un environnement hostile.

Graziana habite naturellement la scène, entre dans son personnage comme elle respire, ne sait rien chanter qui ne soit investi du geste du théâtre, de l’expression. En plus, elle a un sens aigu du maintien, de l’élégance du geste, de l’art de se placer où et comme il faut qui lui vient de sa pratique de la danseuse classique. Elle est une personnalité scénique à l’affût de tout ce que peuvent lui suggérer le metteur en scène et son entourage, et elle le fait avec efficacité et grâce. Une fée de la scène…

Diplômée en chant maxima cum laude au Conservatorio Niccolò Piccinni de Bari, elle a ensuite perfectionné sa technique à travers plusieurs masterclasses et cours donnés par des artistes et chanteurs renommés. Elle approfondit actuellement ses études en musique baroque au Conservatorio San Pietro a Majella, à Naples.

En suivant son chemin d’apprentissage, elle s’est rendue compte que ce qu’elle aimait le plus, la più bella cosa, c’était la rencontre avec de belles personnes passionnées de musique et d’art. C’est par son chant qu’elle peut exprimer sa gratitude pour ces personnes qui ont partagé avec elle musique et des enseignements.

Selon Graziana, « avec la musique, quelque chose de magique se passe : siècle après siècle, des compositions et des idées nous sont transmises. Aujourd’hui, jouer et chanter devient un acte plus grand qu’une simple interprétation: c’est la sensation de faire partie d’une histoire, de vibrer avec le passé et de sentir en soi les échos des émotions d’un temps qui n’est plus, mais qui revit à travers nous ».

Maintenant, nous attendons avec impatience le début de cette résidence de Génération Baroque à Strasbourg, afin d’être touchés par le personnage de la belle Italienne – il ne manque pas d’épaisseur dramatique sous la plume de CImarosa -, de pouvoir nous échapper hors de la réalité…non seulement dans un autre pays, mais également dans un autre temps.

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Graziana Palazzo & Eva Maria Soler